Présentation

Nos parcours sont différents, nos histoires aussi. Notre principal point commun : être demandeur d’emploi. Malgré des expériences multiples, des formations, et évidemment une motivation sans faille, depuis des années, les portes du monde du travail restent closes face à nous. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés, un jour, à l’AITA, ou Association intermédiaire de travail adapté. «L’AITA, pour partie, fonctionne comme les agences d’intérim», nous a-t-on expliqué lors de la réunion d’inscription. «Sur ce point, on ne vous promet pas qu’on vous trouvera du travail à tous… Mais l’AITA, ce n’est pas qu’une agence d’intérim. C’est aussi une association qui s’est constituée à partir d’un constat simple : il n’est pas normal que tant de personnes, dans notre pays, soient touchées par le chômage de longue durée. Et comme on trouve que ce n’est pas normal, on souhaite le dire, et réfléchir ensemble aux moyens d’en sortir.»
C’est sur ce leitmotiv que s’est constitué le Club AITA. Au début, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. La participation est libre : on vient quand on peut, ou quand on veut, mais la porte est ouverte. Puis rapidement, un noyau dur s’est constitué. Nos parcours sont différents, nos histoires aussi, mais on a finalement tant de choses à échanger. Les mêmes situations absurdes face aux dispositifs d’accès à l’emploi, la même lassitude face aux échecs répétés, le même sentiment, parfois, d’une discrimination. Mais aussi la même envie de ne pas baisser les bras, de crier que non, les demandeurs d’emploi ne sont ni des assistés, ni des paresseux, ni des incompétents. Ce blog est là pour ça.

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Vendredi 18 juillet 2008
Les députés ont adopté dans la nuit du 17 au 18 juillet la loi sur les "droits et devoirs" des demandeurs d'emploi. Celle-ci prévoit notamment que les chômeurs refusant deux offres d'emploi "raisonnables" puissent être radiés de l'ANPE. Outre le problème de la définition de ce qu'est une offre raisonnable, ce texte est dérangeant par les sous-entendus lourds de sens qu'il introduit.

Les dispositions de la loi sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi entreront en vigueur au 1er janvier 2009, lors de la fusion ANPE-Assedic. A compter de cette date, les demandeurs d'emploi devront accepter, sous peine d'être radiés de l' ANPE, les offres d'emploi qui leur seront faites par l'agence et qui répondront à certains critères.

Ces critères ont pour but d'identifier les offres d'emploi "raisonnables", c'est-à-dire celles qui n'ont objectivement aucune raison d'être refusées par les chômeurs. Parmi ces critères figure bien sûr le montant de la rémunération : à partir de quatre mois de chômage, l'offre d'emploi est "raisonnable" si elle prévoit une rémunération au moins égale à 95% du salaire antérieur. Ce seuil descend à 85% au bout de six mois de chômage. Et au bout d'un an, il suffit que la rémunération soit au moins égale au montant de l'indemnité Assedic perçue par le demandeur d'emploi.

Ce texte est dérangeant tout d'abord parce qu'il introduit le sous-entendu qu'un grand nombre de chômeurs préfèrent percevoir des allocations plutôt que reprendre un travail.
Si ce n'était pas le cas, il serait inutile de légiférer sur ce point, d'autant qu'il ne s'agit pas d'un texte anodin : il est très probable que l'appréciation du caractère "raisonnable" de telle ou telle offre suscite des contestations, et donc des recours. Pourquoi créer une telle usine à gaz pour combattre un problème qui serait marginal ? Clairement, ce texte induit que les chômeurs-fainéants sont nombreux, et qu'il est grand temps de les tirer de leur oisiveté qui, comme chacun sait, est mère de tous les vices.

Par ailleurs, ce texte cible prioritairement les chômeurs indemnisés. La preuve est qu'il stipule qu'une offre, pour être raisonnable, doit présenter un niveau de rémunération équivalent ou supérieur à celui de l'indemnité perçue. Quid des chômeurs non indemnisés ? Ils ne sont pas concernés, car n'ont de toute façon pas grand-chose à perdre.

Enfin, ce texte s'adresse aux chômeurs à qui l'ANPE a déjà fait une ou plusieurs propositions. Or nombreux sont ceux à qui l'agence n'a rien proposé.

En résumé, ce texte est destiné aux chômeurs les plus employables, qui ont déjà suffisamment travaillé pour ouvrir des droits et à qui l'ANPE a déjà fait des propositions, et qui en outre sont trop paresseux pour accepter ces offres (bien que "raisonnables") sans menace de sanction. Autant dire qu'il s'agit-là d'un échantillon restreint : lors d'une réunion à l'AITA, un rapide sondage réalisé auprès de la quinzaine de demandeurs d'emploi présents a indiqué qu'aucun d'entre eux n'était concerné, soit parce qu'ils ne sont pas indemnisés, soit parce que l'ANPE ne leur a jamais fait la moindre proposition (les deux allant d'ailleurs souvent de paire).

Au final, il est très probable que cette loi n'aura que peu d'impact sur le chômage global, puisqu'elle concerne un public restreint. Son principal effet sera sans doute d'entretenir un peu plus le mythe du chômeur-fainéant, déjà largement répandu.
par Le Club Aita publié dans : Analyses
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Mercredi 2 juillet 2008
Le texte ci-dessous est tiré du livre "Chômage de longue durée, emploi précaire -- Plaidoyer pour une économie solidaire", qui sera publié à l'automne 2008. L'auteur, Patrick Valentin, est vice-président de l'AITA. Il présente dans ce livre les réflexions que lui inspirent la situation des personnes "privées d'emploi", ainsi que des pistes de solution.

" Lorsqu’un pays est riche et très développé comme la France, lorsque ce pays est parvenu à cette situation enviable et florissante grâce à une organisation sociale remarquable et ambitieuse, le pays de « l’école pour tous » et de la « la santé pour tous », il est difficilement compréhensible que ce pays ne se mobilise pas avec la même détermination et la même efficacité pour supprimer une source de misère parfaitement identifiée et particulièrement humiliante, à savoir la privation d’emploi, le chômage de longue durée et d’exclusion sociale. (...)

L’homme de pouvoir qui a contribué d’une part à déculpabiliser notre société et d’autre part à geler la réflexion pour longtemps, c’est certainement François Mitterrand lorsque, avec beaucoup de prestige, à un moment important de son parcours politique, le 14 juillet 1993, il a osé répondre aux journalistes qui l’interrogeaient à la télévision française : « Le chômage… on a tout essayé… » ! (...)

« On a tout essayé », cela signifie qu’il n’y a rien, aucun essai qui n’ait pas été expérimenté ! Par ailleurs, le « on » englobe dans une généralité absolue tous les acteurs possibles. Pour contrer cette affirmation tout à fait inexacte et si grave de conséquences, il convient donc d’expliciter les sous-entendus de cette affirmation péremptoire pour découvrir toutes les négations du réel qu’elle engendre. (...)

Ce qui est nié, c’est que le chômage d’exclusion sociale est un fait de société et, comme tel, une forme d’organisation sociale consciente et volontaire. Si les uns prospèrent pendant que les autres galèrent, c’est une conséquence de l’égoïsme collectif, et donc de notre responsabilité collective, responsabilité que démocratiquement nous avons confiée aux élus qui se sont portés candidats avec force promesses.

Le chômage d’exclusion n’est pas seulement, ni même en priorité, un problème de technique économique mais d’abord un choix politique. Le chômage d’exclusion sociale est non seulement une injustice criante faite aux plus faibles, mais c’est aussi une stupidité économique, puisque le coût du chômage de longue durée est beaucoup plus pénalisant pour l’économie que l’activité. (...) Injustice profonde et stupidité économique, voilà ce qui est nié.
Nier cette responsabilité, c’est naturellement se condamner à faire face à tous les problèmes qui découlent du chômage d’exclusion (toutes les misères, toutes les violences) sans avoir jamais de solutions satisfaisantes à proposer puisque la cause véritable est niée. Que dirait-on d’un médecin qui prétendrait soigner sans faire le diagnostic de la maladie ? (...)

L’exclusion sociale dans son rapport à la vie économique, l’exclusion qui permet à la pauvreté de continuer à exister et même à s’étendre dans un pays qui continue à s’enrichir, l’entorse aux droits de l’homme… tout cela est zappé, ce n’est pas du ressort du politique.

Un tel zapping n’est évidemment pas sans conséquence. Car en creux, il renvoie la question du chômage à l’économie de marché. Or pour l’entreprise privée, l’emploi est avant tout une conséquence de l’activité économique. L’entreprise lucrative est consommatrice d’emplois, certes, mais aucune entreprise privée n’a pour vocation de créer de l’emploi à seule fin de lutter contre le chômage. Au final, qui endosse la responsabilité de lutter contre le chômage ? Personne.

Cet aveu d’impuissance, cette non-responsabilité, portait en germe l’une des causes du désamour flagrant qui s’est développé dans notre pays entre les dirigeants politiques et les électeurs. Car depuis vingt-cinq ans, la réduction du chômage reste le thème électoral favori de tous les rendez-vous démocratiques. A chaque nouvelle échéance, chaque candidat y va de son couplet sur sa recette miracle pour régler le problème. Mais tous manquent cruellement d’ambition dans leurs propositions, et tous continuent de considérer la croissance économique comme une donnée indispensable à la réussite de leur projet – et a posteriori comme l’alibi parfait pour justifier leur échec… Véritable schizophrénie qui veut que l’homme politique promette monts et merveilles tout en renvoyant à des paramètres extérieurs la condition sine qua non de leur réalisation. Car, seul, le politique ne peut rien – ou en tout cas, il a déjà « tout essayé »… "

A suivre
par Le Club Aita publié dans : Analyses
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Mardi 24 juin 2008
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? A la lecture de certains intitulés de profils de poste concoctés par l'ANPE, on peut se poser la question. Et si la formulation de ce type de document avait pour but d'opérer une première sélection ?

Parmi les horizons professionnels recherchés par les demandeurs d'emploi, celui d'ouvrier en secteur industriel figure en bonne place. Pas étonnant dès lors que chaque offre dans ce domaine suscite une avalanche de candidatures. Comment réaliser une première sélection dès la parution de l'offre en question ? Facile : en complexifiant à l'extrême l'intitulé du poste.

Soit donc une offre pour une formation qualifiante proposée par l'ANPE, destinée à être prolongée par un emploi.  Les compétences que les candidats doivent avoir acquises à l'issue de la formation sont libellées de la manière suivante : "Etre capable d'expliquer les principes technologiques du travail des viandes et des coproduits, et d'interpréter une fiche technique de production à l'aide de connaissances scientifiques et techniques simples." Ou encore : "Etre capable de maîtriser les opérations et les gestes d'un poste principal de travail, et de les adapter aux variations de production." Et plus loin : "Etre capable de mobiliser des connaissances mathématiques en vue de résoudre des problèmes simples de la vie sociale et professionnelle." Voilà quelques exemples d'items d'un référentiel qui en compte sept...

De quel emploi peut-il donc s'agir, pour nécessiter un savoir aussi savamment décrit et, osons le dire, quelque peu intimidant ? A l'image du "technicien du surface" substitué au balayeur, c'est ici d'un poste "d'ouvrier polyvalent du travail industriel des viandes" qu'il s'agit, c'est-à-dire, en termes vulgaires, ouvrier dans l'agro-alimentaire.

Difficile de comprendre en quoi ce type d'emploi nécessite de "mobiliser des connaissances mathématiques" destinées à "résoudre des problèmes simples de la vie sociale et professionnelle". A moins que cette phrase, aussi pompeuse soit-elle, n'ait pour unique fonction d'indiquer que les employés à ce poste doivent savoir faire preuve de bon sens...

La pénurie d'emplois dans le milieu industriel est telle qu'elle impose aux candidats un véritable parcours du combattant, avec pour façade et critère de tri l'adaptation à des tâches qui, du temps du plein emploi, étaient apprises sur le tas. Là, la simple lecture des qualifications requises suffit probablement à décourager un grand nombre de personnes, pourtant sans doute capables de s'acquitter très correctement du travail demandé. Mais c'est toujours ça de moins comme CV à éplucher...
par Le Club Aita publié dans : Analyses
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Vendredi 13 juin 2008
Mercredi 11 juin, le conseil des ministres a approuvé le projet de loi sur les "droits et devoirs" des demandeurs d'emploi. Ce projet se concentre en fait surtout sur les devoirs, avec l'obligation d'accepter toute offre d'emploi dite "raisonnable", sous peine de suspension provisoire des indemnités chômage.

La motivation première du projet de loi qui vise à renforcer l'obligation des chômeurs d'accepter les offres d'emploi qui leur sont faites est, selon Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, de lutter contre le chômage de longue durée.

Réfléchissons deux secondes à cette affirmation : si on considère que le fait d'obliger les chômeurs à accepter une offre d'emploi "raisonnable" (terme retenu par le projet de loi) peut faire baisser le chômage, cela signifie qu'actuellement, des chômeurs de longue durée refusent de telles offres. C'est donc parce qu'ils sont "déraisonnables" qu'ils sont au chômage.

Un demandeur d'emploi est considéré comme étant au chômage de longue durée lorsqu'il est inscrit à l'ANPE depuis un an ou plus. Or le projet de loi précise qu'au bout d'un an, une offre devient "raisonnable" dès lors que la rémunération proposée est au moins égale aux indemnités perçues.

Est-il "déraisonnable" de refuser un travail dont le salaire est à peine supérieur, voire égal, à l'allocation chômage ? Rien n'est moins sûr ! Car reprendre un emploi coûte cher : déplacements, restauration le midi, garde des enfants... sont autant de dépenses nouvelles qui apparaissent lorsqu'un chômeur retrouve une activité. Dans ce cas de figure, le retour à l'emploi peut être synonyme de perte de pouvoir d'achat.

Il serait faux toutefois de dire que cet état de fait n'a pas été pris en compte : le projet de loi sur "l'offre d'emploi raisonnable" pourrait s'appliquer à partir du premier janvier 2009... c'est-à-dire en même temps que la généralisation annoncée du revenu de solidarité active (RSA).

Or rappelons que le but du RSA est justement de garantir que toute reprise d'activité se manifeste par un gain de pouvoir d'achat, en revoyant la dégressivité de certaines prestations et allocations. Des questions demeurent cependant : le RSA sera-t-il versé sans limite de durée ? Nombreux sont ceux qui craignent, dès lors, qu'il maintienne dans l'assistanat un grand nombre de personnes. Mais quelle serait cependant la légitimité du RSA s'il devait être à durée déterminée, avec le risque de renvoyer ses bénéficiaires à la précarité une fois cette aide suspendue ?

La réforme du service public de l'emploi, qui renvoie le gouvernement et la majorité à leurs contradictions, risque d'aboutir à une série de compromis insatisfaisants. Ce qui n'a rien d'étonnant, dans la mesure où ladite réforme s'appuie sur le postulat qu'il y aurait en France un grand nombre d'emplois disponibles, correctement rémunérés et accessibles aux qualifications de la plupart des chômeurs. En fait, ce projet de réforme pourrait être pertinent si le chômage n'existait pas, c'est-à-dire si nous étions déjà au plein-emploi. Est-ce bien "raisonnable" ?
par Le Club Aita publié dans : Analyses
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