Madéo, ou la fracture numérique vue par l'ANPE
Anpe.fr, unique possibilité de consulter les offres d'emploi émises par l'agence. Un choix contestable qui stigmatise un peu plus les demandeurs d'emploi n'ayant pas de connaissance informatique.
Le système s'appelle Madéo, pour "mise à disposition électronique des offres". Un acronyme plutôt poétique qui désigne la possibilité de consulter sur Internet les offres d'emploi émises par l'ANPE, sur le site anpe.fr .
Depuis quelques mois, ce dernier a remplacé les panneaux d'affichage des agences locales. Exit les traditionnels papillons jaunes et bleus punaisés au mur, remplacés par des ordinateurs connectés au net. Le site est plutôt ergonomique et fonctionnel... pour les personnes un tant soit peu habituées à utiliser l'outil informatique.
Constatant que les demandeurs d'emploi ne sont pas nécessairement rompus au maniement de la souris, nous avons mis, au Club AITA, un ordinateur à dispostion de ceux qui souhaitent s'initier au web.
Cette initiative nous a permis de recueillir le témoignage d'une personnes inscrite à l'AITA, qui avoue que "depuis qu'ils ont supprimé les panneaux d'affichage, je ne consulte plus les annonces ANPE". Elle qui n'avait jamais touché une souris était incapable d'utiliser Internet en général, et le site anpe.fr en particulier.
Certes, des agents d'accueil sont normalement présents pour assister ceux qui en ont besoin, mais familiariser à l'ordinateur une personne qui n'avait jamais utilisé cet outil requiert plusieurs heures de totale disponibilité : difficile d'imaginer qu'un tel accompagnement puisse être assuré à la volée, au gré des demandes.
Pour répondre à ce problème, des demi-journées de formation, baptisées "atelier madéo", sont normalement organisées par chaque agence. Problème : les demandeurs d'emploi interrogés à ce sujet n'en ont jamais entendu parlé. Manque d'attention de leur part ou défaut de communication ? Toujours est-il que dans un contexte où les conseillers ANPE éprouvent les pires difficultés à suivre le rythme du suivi mensuel, il semble peu réaliste de donner aux agences la responsabilité de former les chômeurs au web. Gageons qu'ils sont nombreux à être restés au bord de la route, victimes d'une fracture sociale aggravée par la fracture numérique.