"Avec le temps, j'ai appris à reconnaître ces attitudes"

Publié le par Le Club Aita

Gabonaise à la recherche d'un emploi en France, Eugénie galère. Témoignage d'une discrimination qui, non contente de fermer les portes du travail, touche les personnes dans leur dignité.

"Ca fait deux ans que suis arrivée en France, et ça fait deux ans que je cherche du travail." C'est pour se rapprocher de ses enfants qu'Eugénie a quitté le Gabon. Un départ alors confiant, car elle ne partait pas sans bagages : une longue expérience dans le commerce, et même la création d'un bar-restaurant, où elle avait embauché cinq salariés. Sans compter un solide passé de "travail à domicile" : "J'ai élevé huit enfants. Alors..."

Et de fait, c'est rarement sur ses compétences qu'Eugénie est refusée lors de ses démarches de recherche d'emploi : "Souvent, on me dit 'C'est bon, vous correspondez à ce qu'on cherche'. Et dans la foulée quelqu'un d'autre postule, et je ne suis pas prise."

L'exemple qui a été le plus dur pour elle, c'est lorsqu'elle a répondu à une annonce "urgente" pour travailler en bar-restaurant. Un secteur qu'elle connaît sur le bout des ongles. "La patronne avait besoin de quelqu'un tout de suite et je connaissais le boulot. Elle m'a donc dit que c'était OK, et me tendait même les clés de la boutique lorsque quelqu'un a sonné, également pour postuler. Et je n'ai pas été prise." Précisons que cette autre candidate était blanche. "Ca m'a mise par terre. J'ai ressentie une vraie blessure."

Depuis, Eugénie se remémore les sourires gênés, l'expression mal à l'aise de ceux qui lui ouvrent leur porte lorsqu'elle postule pour un emploi de travailleuse à domicile. "Avec le temps, j'ai appris à reconnaître ces attitudes. Parfois, je ne suis pas prise tout simplement parce que je ne corresponds pas au poste. Dans ces cas-là, l'attitude de l'employeur est différente, sans que je ressente cette gêne."

Ces difficultés, d'autres femmes africaines lui en ont aussi parlé. "Il paraît que ce qui aide, c'est de se marier avec un Français. Et d'avoir un enfant. Mais je ne vais quand même pas refaire ma vie pour ça !"

Aujourd'hui, Eugénie avoue ressentir un certain désespoir, et l'incompréhension d'être ainsi déconsidérée : "Pendant longtemps, le Gabon est restée une colonie française. On y parle français. Là-bas, si un Blanc entre en même temps que moi dans un magasin ou une administration, on le sert en premier ! Alors pourquoi, ici, sommes-nous si mal reçus ?"
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Publié dans Vécu

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