5% de chômage : le plein-emploi ?
Le projet de fusion Unedic/ANPE a été l'occasion pour le gouvernement de rappeler son objectif en termes d'emploi, avec en ligne de mire un taux de chômage de 5% en 2012, assimilé au plein-emploi. Or cette appréciation est très contestable.
Annonçant le calendrier du projet de fusion Unedic/ANPE, qui doit "être présenté au Parlement en décembre pour une adoption définitive début 2008", Christine Lagarde, ministre de l'Economie et de l'Emploi, précisait que cette fusion contribuera à atteindre l'objectif du gouvernement : 5% de chômeurs en 2012.
Laissons à d'autres le débat sur la capacité de cette fusion à réduire ou non le chômage, et intéressons-nous à une autre question : pourquoi fixer comme objectif un taux de 5 % ?
L'Elysée présente ce taux comme correspondant à une situation de plein-emploi. En effet, le plein-emploi, ce n'est pas zéro chômeurs : un chômage dit "frictionnel" existera toujours, correspondant à la latence entre deux postes et à l'arrivée de nouveaux actifs sur le marché de l'emploi.
Ce chômage frictionnel, loin d'être problématique, est au contraire nécessaire au bon fonctionnement de l'économie. Il ne doit donc surtout pas être confondu avec le "vrai" chômage, celui qui pose problème, qui exclut et qui humilie : le chômage de longue durée (selon les critères de l'ANPE, tout demandeur d'emploi inscrit depuis plus d'un an est chômeur de longue durée).
D'où la question suivante : est-ce que 5% de chômeurs, c'est zéro chômeur de longue durée ? La réponse dépend en fait de la politique de l'emploi qui a été conduite pour atteindre ce chiffre. S'agissant de la politique conduite par Nicolas Sarkozy, on est dans une politique classique de relance de l'emploi par la croissance.
Une relance de l'emploi par la croissance consiste à "aspirer" le chômage par l'activité économique : les entreprises font plus de profits, donc créent plus d'emplois, donc embauchent.
Mais, pour répondre à notre question, il est indispensable de s'intéresser pas seulement au NOMBRE de postes créés mais aussi à la NATURE de ces postes : le spectre des emplois proposés sera-t-il assez large pour inclure les chômeurs sans qualification, sans diplôme, sans expérience ?
Car la principale critique que l'on peut adresser à la relance par la croissance, c'est, lorsqu'elle crée de l'emploi, de ne l'envisager que par souci de profitabilité (à l'inverse donc d'un traitement "social" du chômage, qui adresse lui des solutions ciblées sur les chômeurs les plus vulnérables).
Bien évidemment, les traitements "économique" et "social" du chômage ne sont pas nécessairement incompatibles. Mais à trop négliger l'aspect "social" de l'action à conduire contre le chômage de longue durée, on risque, dans le meilleur des cas, d'assister à une reprise de l'emploi qui oublie les chômeurs qui apparaissent les plus "inemployables". Soit ils intégreront ce fameux étiage de 5%, confondus de ce fait avec le chômage frictionnel, soit, mieux encore, ils disparaîtront des statistiques : nombre "d'exclus" se contentent de toucher le RMI, sans même s'inscrire à l'ANPE.