"J'ai progressé à tâtons"
Malgré un "parcours d'insertion" de dix ans, Nicolas a le sentiment d'avoir dû trouver sa voie seul. La faute à un manque de cohérence entre les organismes de suivi, qui l'ont ballotté de filière en filière...
Nicolas a abandonné l'école à la fin du collège, sans diplôme. Une situation compliquée par un contexte familial difficile : "A 17 ans, je quittais le logement de mes parents, sans rien d'autre qu'un sac à dos." C'est le début de ce qu'il appelle pudiquement son "parcours d'insertion", soit plus de dix ans à alterner les passages à la Mission locale, au CCAS et à l'ANPE, sans oublier les entreprises d'insertion, associations intermédiaires et ateliers de remise à niveau.
Lui qui n'a pas eu la possibilité d'établir un choix d'orientation se retrouve ballotté de stage en stage, plongé chaque fois dans un secteur professionnel différent : "Restauration, plomberie, peinture en bâtiment, horticulture... j'ai fait un peu de tout, sans logique." Il pointe les errements du passage d'organisme en organisme, "avec différents sons de cloche, différents conseils, parfois contradictoires. Quand, comme moi, on est fragilisé par une situation difficile, c'est très déstabilisant."
Parcours d'insertion ou de désinsertion ? Nicolas a de quoi aujourd'hui se poser la question. "Finalement, c'est en moi que j'ai trouvé les ressources qui m'ont permis d'avancer." Les randonnées et son goût pour la pratique artistique l'aident à tenir le coup lors des (parfois très longues) périodes d'inactivité. Et c'est dans la pratique de ces loisirs qu'il trouve finalement sa voix. La nature et l'ésthétique : c'est décidé, il sera jardinier-paysagiste.
Il fait ses premières armes en cultivant son jardin, apprend la théorie dans des livres qu'il emprunte à la bibliothèque. Puis réalise quelques missions par le biais de l'AITA : "Cet été, j'ai eu la responsabilité d'entretenir un espace vert. Ca s'est très bien passé, et l'employeur était très satisfait."
Aujourd'hui, à 29 ans, Nicolas cherche un employeur pour acquérir la qualification de paysagiste par le biais de l'apprentissage. Mais il a déjà la satisfaction d'avoir un cap, un projet qui le motive, et qu'il a le sentiment d'avoir construit seul. Après plus de dix ans en insertion, c'est quand même un comble.